• 19.05.2026 - 30.05.2026
  • Résidence

Cie Sud Lointain

Anna G. contre-enquête

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En partant de l’affaire Anna Göldi, dernière femme exécutée pour sorcellerie en Europe en 1782 en Suisse, nous souhaitons interroger la manière dont une société fabrique des coupables et organise l’effacement des voix dissidentes. L’enjeu n’est pas de reconstruire fidèlement un fait divers du XVIIIᵉ siècle : il s’agit d’ouvrir un espace où cette histoire peut résonner avec nos mécanismes contemporains d’injustice, de stigmatisation et de contrôle des corps.

Le spectacle emprunte la forme d’une reconstitution en constante fissure. Rien n’y est présenté comme une vérité stable : les documents apparaissent fragmentaires, les récits se contredisent, les témoignages sont rejoués, déplacés, commentés. C’est une dramaturgie de l’enquête inachevée pour mettre en évidence que toute Archive est le produit d’un choix.

La distribution assume une circulation des rôles : partant d’une enquête menée par deux journalistes (pour deux médias bien différents), la dramaturgie s’autorise le glissement vers les figures et quelques moments de reconstitution.

L’écriture scénique mêle parole directe, archives redécouvertes, images documentaires et reenactment. La scène devient un terrain d’essais : un laboratoire où l’on confronte versions officielles et récits minorés, où l’on met à nu les tensions entre justice institutionnelle et justice sensible. Nous travaillons particulièrement la notion de « réparation symbolique » : comment un spectacle peut-il rouvrir une possibilité d’écoute et de complexité autour d’une figure réduite au silence ?

Le projet s’inscrit dans une démarche résolument contemporaine, féministe et européenne. Il dialogue avec nos préoccupations actuelles autour du Traitement médiatique des femmes, des rapports de domination, et de la construction des boucs émissaires. Anna G. contre-enquête n’est pas un plaidoyer à thèse, mais un espace de trouble : un temps où l’on accepte de ne plus savoir, pour mieux sentir ce qui se joue quand une société consacre la violence comme mode de résolution.

 

Fondée par Coco Felgeirolles et François Clavier dans les années 2000, la Cie Sud Lointain est dirigée depuis 2014 par Heidi-Eva Clavier. Porteuse de voyage et de rencontre, Sud Lointain travaille sur les différentes formes que peut prendre la théâtralité aujourd’hui.

Depuis la création d’Ivan Off et sa recherche de sens dans le silence, en 2014, la Cie explore à travers ses spectacles la notion de rencontre unique entre les interprètes et les spectateurs, ce qui est irréductible au théâtre et ce qui ne pourrait pas se déployer ailleurs. La suspension est recherchée, la grâce cultivée.

Depuis quelques années, la Cie travaille les formes contemporaines et les écritures de femmes (Agnès Marietta, Angelica Lidell…) sans pour autant fermer la porte aux auteurs de maintenant ou d’antan.

Photo:  Céline Jorrion (co-autrice et comédienne), Corinna Popp (dramaturge) et Heidi-Éva Clavier (co-autrice et metteuse en scène)

Starting from the case of Anna Göldi, the last woman executed for witchcraft in Europe in 1782 in Switzerland, we seek to question how a society manufactures guilt and organizes the erasure of dissident voices. The aim is not to faithfully reconstruct an eighteenth-century crime story, but rather to open up a space in which this history can resonate with our contemporary mechanisms of injustice, stigmatization, and control of bodies.

The performance takes the form of a reconstruction that is constantly cracking. Nothing is presented as a stable truth: documents appear fragmented, narratives contradict one another, testimonies are replayed, displaced, and commented upon. This is a dramaturgy of the unfinished investigation, highlighting the fact that every Archive is the product of a choice.

The cast embraces a circulation of roles. Starting from an investigation conducted by two journalists (working for two very different media outlets), the dramaturgy allows itself to slide into historical figures and moments of reenactment.

The stage writing weaves together direct address, rediscovered archives, documentary images, and reenactment. The stage becomes a testing ground: a laboratory in which official versions and marginalized narratives are confronted, where the tensions between institutional justice and felt, embodied justice are laid bare. We pay particular attention to the notion of “symbolic reparation”: how can a performance reopen a space for listening and complexity around a figure that has been reduced to silence?

The project is rooted in a resolutely contemporary, feminist, and European approach. It engages with our current concerns regarding the media treatment of women, relations of domination, and the construction of scapegoats. Anna G. contre-enquête is not a thesis-driven plea, but a space of disturbance—a moment in which we accept not knowing anymore, in order to better sense what is at stake when a society enshrines violence as a mode of resolution.

 

Founded by Coco Felgeirolles and François Clavier in the early 2000s, Cie Sud Lointain has been directed by Heidi-Eva Clavier since 2014. Oriented toward travel and encounter, Sud Lointain explores the various forms that theatricality can take today.

Since the creation of Ivan Off in 2014, and its search for meaning through silence, the company has explored—through its productions—the notion of a unique encounter between performers and spectators: that which is irreducible to theatre and could not unfold elsewhere. Suspension is sought; grace is cultivated.

In recent years, the company has focused on contemporary forms and the writings of women (Agnès Marietta, Angélica Liddell, among others), without closing the door to authors of the present or the past.

Photo: Céline Jorrion (co-writer and performer), Corinna Popp (dramaturg), and Heidi-Éva Clavier (co-writer and director).

Organisation

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